Avec plus de 130 conflits armés recensés par la Croix-Rouge et des crises humanitaires majeures à Gaza, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Ukraine, en Syrie, au Myanmar et en Afghanistan, la situation des femmes dans le monde est extrêmement préoccupante.

Comment les conflits compromettent la santé sexuelle et reproductive  

En période de crise, les risques de mariages précoces, de mutilations génitales féminines, de violences sexuelles, d’avortements non sécurisés et d’accouchements à risque augmentent. Par ailleurs, on observe également une augmentation de la transmission des infections sexuellement transmissibles et du VIH, en raison du risque accru de violences sexuelles. L’accès aux moyens de prévention, quant à lui, diminue.   

L’UNFPA, l’agence des Nations unies pour la santé reproductive, estime que, rien que cette année, 61 millions de femmes dans le monde auront besoin d’aide humanitaire. 7,7 millions d’entre elles seront enceintes et auront donc besoin de soins pour accoucher en toute sécurité. Lors des conflits armés, on observe une recrudescence des violences fondées sur le genre. À Gaza seulement, 38 000 femmes et filles ont été tuées en un peu plus de deux ans. Cela représente 47 femmes par jour. En Ukraine, on compte 3,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, dont 80 % sont des femmes et des enfants.      

Les femmes et les filles sont plus durement touchées 

Les guerres, les conflits et les crises ont des conséquences plus importantes sur les femmes et les filles et les touchent plus durement. Le stress et les traumatismes liés aux conflits et aux déplacements ont un impact psychologique direct sur les femmes.  Bien que, selon les experts, les investissements dans la défense renforcent la sécurité générale, ils se font souvent au détriment de services spécifiques qui sont essentiels à la santé et au bien-être des femmes.  

ONU Femmes a récemment signalé que l’augmentation des dépenses de défense a entraîné une réduction des ressources allouées aux services de santé destinés aux femmes. Cette diminution ralentit la transition vers une société égalitaire entre les sexes.  
En cas de crise, les conséquences de la pauvreté, de la situation géographique et de l’inégalité entre les hommes et les femmes pèsent aussi plus lourdement : les femmes et les filles sont moins bien préparées à faire face aux menaces et aux risques auxquels elles sont confrontées. Souvent, leur accès aux soins vitaux est entravé, voire totalement refusé.  

Le budget supplémentaire consacré à la défense porte un coup dur à la solidarité internationale 

À l’instar d’autres pays, la Belgique investit massivement dans le renforcement de la défense tout en réduisant de 25 % le budget de la coopération internationale. Et ce, au motif que la défense permettrait d’éviter une crise humanitaire en Belgique. Mais qu’en est-il de toutes les femmes qui vivent déjà dans des situations de crise et de conflit ? 

Nous investissons dans la défense pour être prêts si la guerre venait à frapper à notre porte, mais nous abandonnons les personnes qui sont déjà victimes des conflits actuels en réduisant les dépenses consacrées à la solidarité internationale. 

Sara Salarkiya

Nous entretenons ainsi un cycle d’insécurité qui ne fait qu’alimenter davantage de violence et de conflits ailleurs dans le monde.  

Liste des avantages 

Investir dans la santé, l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits sexuels et reproductifs permet de réduire la radicalisation et l’escalade, et d’assurer une croissance économique plus forte et de meilleure qualité.   

  • Lorsque les femmes peuvent participer pleinement à la vie économique, le produit intérieur brut augmente de près de 30 %, et chaque année supplémentaire où les filles restent scolarisées augmente leur revenu futur de 20 %.   
  • Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les soins de santé de base permettent de prévenir 90 % des décès maternels.   
  • Selon l’ouvrage Seks & World Peace, les investissements dans la solidarité internationale auraient un impact bien plus important et durable sur la paix, et pourraient réduire le risque de conflit de 40 %, voire 60 %.   
  • Selon l’Institute for Economics and Peace, 0,85 euro investi dans la paix et le développement nous permet d’économiser environ 13,5 euros en interventions militaires ultérieures.   
  • Des études montrent que, dans les pays où l’égalité entre les hommes et les femmes est plus grande, le risque de guerre civile diminue de 40 %.  

Si nous investissions 50 millions d’euros dans l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits sexuels et reproductifs, nous réaliserions donc d’importantes économies en matière de défense. 

Sara Salarkiya

Cela prouve qu’investir dans la coopération internationale et l’égalité entre les hommes et les femmes peut non seulement sauver des vies, mais aussi favoriser la stabilité et la paix à long terme.  

Investir dans la défense revient à traiter les symptômes 

Si nous voulons plus de paix et de sécurité à long terme, nous devons investir dans des soins de santé de qualité, soutenus par des infrastructures adéquates, des ressources suffisantes et des établissements d’enseignement performants, afin que les filles aient de réelles chances de s’épanouir. Nous devons également soutenir les initiatives de paix des communautés locales. La véritable sécurité ne passe pas par les armes, mais par des pays sains, sûrs et prospères. Pourquoi nous contenter de traiter les symptômes alors que nous pouvons aussi prévenir ?  

Les priorités belges doivent donc être claires : la santé, l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits sexuels et reproductifs ne sont pas un luxe, mais une nécessité vitale. Allons-nous acheter un F-35 ou quinze chars de plus, ou allons-nous investir dans la sécurité de tous à l’échelle mondiale, et des femmes en particulier ?